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La poésie classique

définition

La versification est l'ensemble des règles et habitudes qui président à la forme la plus ancienne de l'art littéraire. Le Romantisme, puis les autres écoles poétiques du XIXe siècle et du XXe, croyant se «libérer» des règles très rigides qu'on avait imposées à la versification au XVIIe siècle, permirent plutôt à la poésie de se fonder aussi sur le respect de nouveaux systèmes de règles (graphiques, grammaticaux, hypertextuels etc.) qui lui ouvrent des possiblités esthétiques et sémiotiques inexplorées. Et ces possibilités s'ouvrent non seulement à la poésie mais aussi à tous les genres littéraires -qui, même s'ils s'appuient sur un système de règles plus souples, sont, comme la poésie, des moyens de découvrir de nouveaux gisements de formes linguistiques. Car on découvrit ainsi ce qu'on pourrait appeler l'essence de l'art littéraire qui s'applique à la langue dans sa totalité (et non pas seulement aux éléments de la langue qui sont pertinents pour la communication) et en développe jusqu'à le rendre visible, voire seul visible, le fonctionnement fondamental. L'art littéraire arrive donc ainsi à «innerver» et à «muscler» la langue : il arrive par exemple, en intégrant à sa pratique, dans le roman, les langages sociaux marginaux, ignorés, désuets, provinciaux, locaux, intimes, spécialisés ou étrangers, à étendre les possibilités perceptives, conceptuelles, intellectuelles et scientifiques de la langue.

le compte des syllabes dans les vers

La versification française est syllabique, c'est-à-dire qu'elle est fondée, comme l'indique son nom, sur le nombre des syllabes.

Elle diffère de la versification métrique, qui repose sur la quantité des syllabes longues et brèves (vers grecs et latins), et de la versification rythmique, qui dépend de la place des syllabes accentuées ou atones (vers anglais ou allemands).

Le nombre des syllabes du vers est le plus souvent, du dix-septième siècle jusqu'à la fin du dix-neuvième, un nombre pair : douze, dix, huit, six, quatre, deux. Les vers impairs de sept, de cinq, de trois syllabes, et même d'une syllabe, ont cependant été parfois utilisés à toutes les époques littéraires. Les vers impairs de treize, de onze, de neuf syllabes, il faut les chercher dans la poésie de la fin du XIXe siècle (chez VerIaine par exemple).
Deux difficultés arrêtent et trompent parfois les débutants dans le compte des syllabes. Ces difficultés portent sur l'e caduc et sur la diphtongue (voir Diérèses et synérèses )

l'e caduc

Que ce soit à la fin ou dans le corps des mots, l'e caduc compte toujours comme syllabe, quand il est placé entre deux consonnes :Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir. (Baudelaire)

Il s'élide devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet :J'offre ma coupe vide où souffre un monstre d'or !. (Mallarmé).

Ce vers se prononce et se compte comme s'il y avaitJ'offre ma coupe vid' où souffr' un monstre d'or

L'e caduc, même suivi des consonnes s, nt, ne compte pas à la fin du vers:Et qui pour tes grandes yeux tout aussitôt moururent. (Aragon)Tremble de s'exhaler le faux orgueil des hommes (Mallarmé).

Dans le corps du vers, l'e caduc, suivi des consonnes s, nt, compte cependant toujours pour une syllabe, même devant une voyelle ou un h muetLes crépuscules blancs tiédissent sur mon crâne. (Mallarmé)

Dans les troisièmes personnes des verbes en -aient, l'e étant considéré comme nul parce que les lettres ent ne se prononcent jamais, ces mots peuvent entrer dans le corps du vers, même devant une consonneIls fuyaient, le désert dévorait le cortège. (Hugo)

À ces finales on joint d'ordinaire, comptant pour une syllabe : soient, voient et croient.

L'e caduc final précédé d'une voyelle, comme dans les mots vie, Marie, rue, année, visée, soie, marée, doit toujours s'élider. Il ne peut donc être mis dans le corps d'un vers que si le mot suivant commence par une voyelleToute une armée ainsi dans la nuit se perdait. (Hugo)

Il est donc impossible de dire dans le corps d'un vers : rue de Régina, marée montante, voie ferrée, Aimée Bouchard. Mais on peut dire rue Auber, voie étroite, Marie-Antoinette.

Cette règle date de Malherbe, car au XVIe siècle Ronsard et la Pléiade ne craignaient pas de dire, en comptant l'e caducMarie, qui voudrait votre nom retourner Il trouverait aimer. Aimez-moi donc Marie...

Placé à l'intérieur d'un mot, entre une voyelle et une consonne, l'e caduc ne compte pas. Par exemple dans les mots en uement, iement (dévouement, reniement etc.), et dans les futurs des verbes du premier groupe de conjugaisons, comme priera, tuerai, crierons, louerez:Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur. (Corneille)

diérèses et synérèses

Quand plusieurs voyelles se suivent dans un mot et forment ou non diphtongue, il est essentiel de savoir si elles forment une ou deux syllabes, car la régularité et la diction du poème en dépend.

La prononciation en deux syllabes de deux voyelles contiguës s'appelle diérèse ; la prononciation en une syllabe de deux voyelles contiguës s'appelle synérèse.

Cette distinction peut être justifiée par l'étymologie latine. C'est ainsi que bien, venant de bene, est synérétique, c'est-à-dire compte habituellement pour une seule syllabe (mais il y a des exceptions), alors que lien, venant de ligamen, et pria, venant de precavit, sont en principe diérétiques, c'est-à-dire comptent habituellement deux syllabes. Mais c'est ici le versificateur qui décide en dernière instance -non les règles de la prononciation et non l'étymologie.

la césure

1537; lat. cæsura « coupure », de cædere « couper » Repos à l'intérieur d'un vers après une syllabe accentuée. La césure classique coupe le vers en hémistiches et en marque la cadence. => 2. coupe.le petit robert On appelle ainsi une coupe, un repos placé dans un vers nécessairement après une syllabe accentuée. Dans l'alexandrin ou vers de douze syllabes, on doit, en principe, observer un repos au milieu du vers, c'est-à-dire entre la sixième et la septième syllabe. Chaque moitié du vers se nomme hémistiche:La fille de Minos | et de Pasiphaé. (Racine)

Dans ce vers comme dans presque tous les vers, le repos de la césure est faible, et n'est marqué par aucune ponctuation, mais il n'en est pas moins sensible, grâce à l'accent qui porte sur la dernière syllabe du mot Minos.
L'alexandrin classique a donc deux accents fixes (sur la sixième et la douzième syllabe), mais il en a d'autres qui sont mobiles, et qui partagent le plus souvent chaque hémistiche en deux parties.

D'après cela, on peut établir cette règle que tout alexandrin a quatre accents : les deux premiers fixes, ceux de la césure et de la rime; les deux autres mobiles et tombant, selon que le veut l'harmonie, sur telle ou telle syllabe dont ils accentueront l'effet:Le jour n'est pas plus PUR que le fond de mon COEUR. (Racine)Oui, je te loue ô CIEL de ta persévérance. (Racine)

Dans ce dernier vers, on voit que le second hémistiche n'a pas d'accent mobile. C'est ainsi que les classiques eux-mêmes étaient amenés à varier les repos de l'alexandrin, pour éviter la monotonie.Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant. (Corneille)

Ce besoin a conduit les poètes à l'affaiblissement de la césure et à la coupe ternaire, que Corneille a employée un des premiers dans un beau vers célèbreToujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir.

Victor Hugo et les Romantiques ont aussi utilisé cette coupe :La boue aux pieds la honte au front la haine au coeur. (Hugo) Il vit un oeil grand ouvert dans les ténèbres. (Hugo)

Tantôt légers tantôt boiteux toujours pieds nus. (Musset)

Mais il est à remarquer que s'ils ont ainsi donné au vers deux césures et supprimé la césure classique du sixième pied ils n'ont pas osé permettre à un mot d'être à cheval sur elle.

Mais d'autres, après lui, ont eu plus de hardiesse. On a vu les Parnassiens mettre à la sixième place des mots atones, des mots « proclitiques » (prépositions, articles, adjectifs possessifs), naturellement rattachés au mot suivant; puis on y voit apparaître un e caduc non élidé. Enfin, l'emploi d'un long mot au milieu du vers supprime complètement la coupe.Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. (Rimbaud)

Voici les césures que l'on trouve dans les autres mètres :

La césure du vers de onze psyllabes (ou endécasyllable ) se place habituellement après la cinquième syllabe:Les sylves légers s'en vont dans la nuit brune. (Banville)

La césure du vers de dix syllabes ou décasyllabe se place soit après la quatrième syllabe:Tout va sous terre et rentre dans le jeu (Valéry),

soit après la cinquième syllabe:La vierge mignonne endort en chantant
Son petit Jésus sur la paille fraîche.
Elle resplendit au fond de la crèche,
Comme un grand lis d'or au bord d'un étang. (Vicaire)

Au-dessous du vers de dix syllabes, les vers n'ont plus de césure fixe, mais seulement des accents mobiles.

l'hiatus

1521; mot lat. « ouverture », puis « hiatus » 1. Ling. Rencontre de deux voyelles, de deux éléments vocaliques, soit à l'intérieur d'un mot (ex. aérer, géant), soit entre deux mots énoncés sans pause (tu as eu). Le hiatus.le petit robert L'hiatus est le choc de deux voyelles, l'une finale, l'autre initiale. Ce choc est surtout désagréable lorsqu'une voyelle se rencontre avec elle-même, comme dans « il alla à Amiens » ; on l'évite, pour cette raison, en poésie et même dans la prose.

L'hiatus n'est formellement proscrit que depuis Malherbe; tous les poètes l'admettaient avant lui, et le plus souvent fort heureusementUn doux nenni avec un doux sourire... (MAROT)

Plus ne suis ce que j'ai été. (Clément MAROT)

On ne considère pas comme hiatus la rencontre d'une voyelle avec un mot commençant par un h aspiré, et l'on peut par conséquent dire la hache, le holà, au hasard.

Il n'y a pas d'hiatus lorsque deux voyelles se rencontrent par l'élision d'un e caduc.L'épée au flanc, l'oeil clos, la main encore émue. (Hugo)Une coupable joie et des fêtes étranges. (Baudelaire)

En revanche, il y a des terminaisons qui, sans former en fait hiatus avec la voyelle du mot suivant, n'en sont pas moins aussi désagréables que de vrais hiatus. Il en est ainsi dans le choc de nasales, comme par exemple dans : Plaignez-vous en encor (Corneille). Et en cent noeuds retords (Ronsard). On prescrit donc de les éviter.

En somme, l'hiatus devrait être écarté uniquement quand il blesse l'oreille, car il existe dans le corps de la plupart des mots, et il est extraordinaire qu'on ne puisse dire il y a, quand on pourra dire camélia ou Iliade, et tu es, tu as, quand on pourra dire tuer, tuas. Bien plus, grâce à la règle énoncée plus haut qui ne compte pas l'hiatus dans l'élision, on pourra dire tuée en voiture, et non pas tué en duel, d'autre part, beaucoup de rencontres de mots où la liaison ne se fait pas font hiatus pour l'oreille, comme dans papier à lettres, par exemple. Cependant, la règle était si forte, même pour les Romantiques, que Hugo et Vigny ont écrit nud devant une voyelle, et seul Musset a osé écrire en s'amusant : «Ah! folle que tu es! » Cette règle s'est, comme tant d'autres, assouplie dans la poésie moderne.

l'enjambement et le rejet

L'enjambement se produit lorsqu'une partie de phrase, de faible étendue (trois mots environ), est placée à la fin d'un vers mais se rattache à la phrase dont l'essentiel est contenu dans le vers suivant:Gloire à Sémiramis la fatale! Elle mit
Sur ses palais nos fleurs sans nombre où l'air frémit (Voltaire).

Le rejet se produit lorsqu'une partie de phrase, de faible étendue (trois mots environ), est placée au début d'un vers mais se rattache à la phrase dont l'essentiel est contenu dans le vers précédent :

Voici, en guise d'exemple les célèbres rejets de l'Aveugle d'André Chénier:

C'est ainsi qu'achevait l'aveugle en soupirant,
Et près des bois marchait, faible, et sur une pierre
S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette terre,
Le suivaient, accourus aux abois turbulents
Des molosses, gardiens de leurs troupeaux bêlants.

Les Romantiques s'emparèrent de ces processus, et Victor Hugo écrit dans Hernani :Serait-ce déjà lui? c'est bien à l'escalier
Dérobé.

Il écrit de même :

Dans mon ailée habite un cordier patriarche,
Vieux qui fait bruyamment tourner sa roue, et marche
À reculons, son chanvre autour des reins tordu. (Lettre.)

Musset écrit aussi :Le spectacle fini. la charmante inconnue
Se leva; le cou blanc, l'épaule demi-nue
Se voilèrent; la main rentra dans le manchon.
Et, lorsque je la vis au seuil de sa maison
S'enfuir, je m'aperçus que je l'avais suivie.(La Soirée perdue)

la rime

La rime est le retour, à la fin de deux ou plusieurs vers, de syllabes comportant au moins une voyelle identique comme dernier son prononcé.

Il y a deux sortes de rimes : la féminine et la masculine

Une rime est dite féminine quand la dernière syllabe accentuée est suivie d'une syllabe comportant un e caduc ou comporte elle-même un e caduc; masculine dans le cas contraire, quand le vers se termine avec une syllabe ne comportant pas d'e caduc. Il est obligatoire de faire alterner rimes masculines et rimes féminines.

La rime n'a donc aucun rapport avec le genre grammatical des mots : arbre et marbre sont féminins pour la rime, tandis que beauté et fierté sont masculins.

Il est interdit de faire rimer une syllabe masculine avec une syllabe féminine.

Tous les vers dont la rime est féminine ont naturellement une syllabe de plus que celles qu'on compte réellement, puisque la dernière syllabe muette ne compte pas. C'est ainsi qu'un alexandrin à rime féminine a treize pieds :Les marronniers du parc et les chênes antiques. (Musset)Il y a également deux nombre pour les rimes : le singulier et le pluriel. Une rime est plurielle quand elle se termine par s,x,z. Une rime est singulière quand elle ne se termine pas par l'une ou l'autre de ces trois lettres. Ce pluriel et ce singulier n'ont rien à voir avec le pluriel et le singulier grammaticaux : un amas et un tas composent une rime plurielle et ils furent et moururent composent une rime singulière. Il est interdit de faire rimer une syllabe plurielle et une syllabe singulière.

Au point de vue de la valeur, on distingue les rimes en rimes léonines, riches, suffisantes, pauvres (ou goret). Les rimes très riches, nommées aussi millionnaires, doubles, superflues , comprennent plusieurs syllabes identiques de son et d'articulation : nous éparPILLONs, les paPILLONs. Elles sont souvent des calembours. Elles embrassent même parfois plusieurs mots, et c'est ainsi que Banville a écrit :La chose eût semblé même évidente
Au siècle qui chanta Béatrice et vit Dante.On cite aussi, pour en admirer la virtuosité :Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment, de l'arène, à la Tour Magne, à Nîme.

Pour être riche, la rime exige la présence de trois sons identiques, ceux de la voyelle et des deux consonnes qui l'entourent : éternel et solennel forment une rime riche.

La rime suffisante repose sur la présence de deux sons identiques: ceux de la voyelle et de la consonne qui la suit : téméraire, faire composent une rime suffisante.

La rime est dite pauvre ou goret, par opposition à léonine, repose, quant à elle, sur la présence d'un seul son final prononcé identique : défi, ami ou dénie et crie.

En réalité, une rime n'est vraiment correcte que si une même consonne sonore précède la voyelle. C'est ce qu'on appelle la consonne d'appui. Dans aimé, charmé, par exemple, m est la consonne sur laquelle la rime s'appuie.

Toutefois, un mot ne peut rimer avec lui-même (il le peut cependant avec un homonyme exact) et la rime de deux mots qui ont un sens similaire, comme douleur et malheur, de même que la rime de deux mots contraires, comme ami et ennemi ou détruire et construire, est déconseillée.

Les poètes font rimer des mots où la voyelle n'a pas la même prononciation : dame et âme ; nus et Vénus (malgré dans ce cas le son différent de la consonne finale).

Faire rimer les mots dont l'un présente une voyelle et l'autre une diphtongue est en principe interdit : construire, sire; de même que ceux qui ne riment que pour l'oeil ; béquille, tranquille; aimer, la mer. Cette dernière rime a pourtant été appelée la rime normande, à cause de mer, qui en Normandie se prononce mé. Les poètes du XVIIe siècle l'emploient souvent, particulièrement Corneille. Victor Hugo s'en est servi dans À Villequier :Que j'ai pu blasphémer
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer.

Il faut également éviter les rimes banales que tout le monde a employées. Telles sont : victoire et gloire, laurier et guerrier, Français et succès, palme et calme, songe et mensonge etc.

La même rime ne doit pas être répétée à trop courte distance, et un même mot ne doit se présenter de nouveau à la rime, dans la même pièce, que rimant avec un mot différent de celui qui constituait avec lui la première rime. Deux rimes féminines assonant avec les deux rimes masculines qui les suivent sont défectueuses : proie, joie; moi, roi.

L'assonance de la rime avec un mot du même vers crée un vers léonin:Je n'en vois point mourir, que mon coeur n'en soupire. (Corneille)

l'orthographe dans les rimes

La réforme prosodique dont Malherbe fut le chef était fort exigeante sur l'orthographe des rimes, et donnait toute l'importance à la consonne finale. Les Romantiques, considérant que la rime était faite surtout pour l'oreille, ontdonné toute l'importance à la consonne d'appui ; sang rime en effet bien mieux avec innocent qu'avec rang, malgré le g des deux consonnes finales.

la disposition des rimes

Dans la versification classique, il est de règle de faire alterner les rimes masculines et les rimes féminines.

On admet quatre façons d'agencer les rimes :

1- Les rimes plates, ainsi nommées quand les rimes masculines et féminines alternent deux à deux:Oui. je viens dans son temple adorer l'Éternel;
Je viens. selon l'usage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée. (Racine)

2 - Les rimes croisées, ou celles qui alternent une à une:Comme je descendais des Fleuves impassibles
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. (Rimbaud)

3 - Les rimes embrassées, ou celles où deux rimes d'une espèce sont enfermées dans deux rimes d'une autre espèce :Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle. (Péguy)

4 - Les rimes mêlées, ou celles dont la succession est libre, à condition de respecter la règle de l'alternance masculine-féminine.

l'inversion

Il est certain qu'une inversion habile permet beaucoup à l'harmonie du vers, et la prose elle-même a des inversions.

Quand Musset écrit:De paresse amoureuse et de langueur voilée,

il écrit un beau vers onduleux, aux molles inflexions, en rejetant à la rime le mot essentiel, et il donne une délicate impression féminine que n'exprimerait jamais la phrase toute banale : Voilée de langueur et de paresse amoureuse.
On n'a jamais cessé de transposer les mots, et souvent pour les effets les plus heureux, notamment dans les cas suivants :

1. Le sujet du verbe :Je fuis, ainsi le veut la fortune ennemie. (Racine)

2. Le complément du nom :D'une prison sur moi les murs pèsent en vain. (Chénier)

3. Le complément indirect du verbe :Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture. (Racine)

4. Les compléments circonstanciels :De sa tremblante main sont tombés les fuseaux. (Voltaire)

5. Les adverbes :Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. (Racine)

La plupart des autres inversions doivent en principe être évitées:Et si quelque bonheur nos armes accompagne. (Racine)Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite. (La Fontaine)

La plupart des autres inversions doivent en principe être évitées:Et si quelque bonheur nos armes accompagne. (Racine)Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite. (La Fontaine)

les licences poétiques

La sévérité des règles peut justifier les libertés qu'on a laissé prendre aux poètes avec l'orthographe et la syntaxe. Tous les poètes ont toujours écrit indifféremment encore et encor, et c'est même cette dernière orthographe qui semble prévaloir dans le style poétique.

Ils écrivent aussi, avec ou sans s, jusque ou jusques:Sion, jusques au ciel élevée autrefois.
Jusqu'aux enfers maintenant abaissée (Racine),

certe ou certes, guère ou guères, naguère ou naguères, grâce à ou grâces à, remord ou remords, zéphyr ou zéphyre. Ils ont écrit également sans s, si besoin était, un certain nombre de noms propres, tels que : Charle, Arle, Athène, Versaille, Londre, Thèbe.

Ils supprimaient également l's de la première personne de certains verbes, comme : je voi, je croi, je doi etc. Cette licence, employée surtout au XVIIe siècle, a cependant servi encore à Victor Hugo. On lit, dans Booz endormi :Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt.

la langue poétique

Le classicisme prétendait éliminer du vocabulaire poétique les termes jugés trop vulgaires; mais il n'y a plus aujourd'hui de mots poétiques, pas plus qu'il n'y a de style noble ou roturier; il n'y a que de bons ou de mauvais poètes, qui savent, ou non, tirer parti des mots qu'ils emploient, depuis le jour où Hugo a écrit :J'appelai le cochon par son nom, pourquoi pas?
J'ai dit au long fruit d'or : Mais tu n'es qu'une poire!

À moins d'une volonté parodique ou d'un désir nostalgique (post-moderne) il ne viendrait plus, en effet, à la pensée d'aucun poète d'écrire : l'airain et le bronze pour le canon et la cloche, le coursier pour le cheval, le glaive pour l'épée, la flamme pour l'amour, etc.

les effets allitératifs et les cacophonie

L'harmonie est fondée tout entière sur un heureux choix de mots qui ne relève guère que du talent et de l'oreille du poète.

On peut dire, cependant, que la cacophonie tient la plupart du temps à l'emploi de syllabes nasales ou gutturales, répétées dans un espace trop court Le type du genre cacophonique est dans ces vers malheureusement célèbres de Voltaire :En avez-vous jugé Manco Capac capable
Non, il n'est rien que Nanine n'honore.

Il est aussi dans certains vers dont le sens prête à l'équivoque comme dans celui-ci, de J.-B. Rousseau:Vierge non encor née en qui tout doit renaître.

Pourtant. la répétition des mêmes syllabes ou des mêmes consonnes, ce que l'on appelle allitération, prête à des effets heureux d'harmonie imitative. C'est ainsi que Racine amasse à dessein les s dans ce vers célèbre:

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?

que Lamartine groupe habilement les s, les l et les r dans ceux-ci:

Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
Déroule ses flots bleus au pied de l'oranger;

et Hugo les f dans ces autres:

Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle.
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

Souvent, l'harmonie est à la fois imitative et figurative, c'est-à-dire qu'elle donne l'impression de la rapidité ou de la lenteur, grâce aux rejets, aux coupes diverses, qui allongent ou raccourcissent le vers, en même temps qu'elle imite les sons grâce aux allitérations ou aux assonances.

La Fontaine en donne de nombreux exemples :
... Il entassait toujours;
Il passait les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche.
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche.Le Thésauriseur et le Singe

Dans un chemin montant. sablonneux. malaisé,
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche.
Femmes, moine, vieillards, tout était descendu :
L'attelage suait, soufflait, était rendu.Le Coche et la Mouche

Victor Hugo a su donner une impression de lenteur majestueuse et de mystère:Les grands chars gémissants qui reviennent le soir...
Sombre comme toi, nuit; vieux comme vous, grands chênes!...

Quant à Verlaine, sa poésie «musicale » abonde en strophes mélodieuses, où le rythme et la sonorité semble dans une certaine perspective s'accorder aux sentiments:Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

les différentes mesures de vers

Les différentes mesures de vers n'ont pas connu toujours le même succès au cours de l'histoire de la poésie française : les vers de mesure paire (6, 8, 10, 12 syllabes) ont été à peu près les seuls employés jusqu'aux révolutions poétiques du XIXe siècle.

Le vers le plus long de la poésie classique française est le vers de douze syllabes ou alexandrin, ainsi nommé à cause du Roman d'Alexandre, poème composé au XIIe siècle, en vers de ce genre. On peut aussi l'appeler dodécasyllabe.

Il y a le vers de onze syllabes (ou endécasyllable ):Les sylves légers s'en vont dans la nuit brune. (Banville)

Le vers de dix syllabes (ou décasyllabe):Tout va sous terre et rentre dans le jeu (Valéry)

Le décasyllabe est sans doute le vers qui a eu le rôle littéraire le plus considérable. C'est le vers de la Chanson de Roland; c'est, avec quelques transformations, le vers de Dante, de Pétrarque, de l'Arioste, du Tasse. d'Alfieri. de Leopardi; celui de Camoëns; celui de Chaucer. de Spenser, de Shakespeare, de Milton, de Pope, de Byron. de Shelley. de Tennyson; celui de Lessing, de Goethe et de Schiller.

Le vers de neuf syllabes (ou ennasyllabe):

Tournez, tournez, bons chevaux de bois. (Verlaine)

Le vers de huit syllabes (ou octosyllabe):

L'amour est mort j'en suis tremblant
J'adore de belles idoles
Les souvenirs lui ressemblant
Comme la femme de Mausole
Je reste fidèle et dolent. (Apollinaire)

Le vers de sept syllabes (ou heptasyllabe)Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'a mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux. (Corneille)

Le vers de six syllabes (ou hexasyllabe):

L'arbre, libre volière,
Est plein d'heureuses voix;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix. (Hugo)

Le vers de cinq syllabes (ou pentasyllabe):

Le soir qui s'épanche
D'en haut sur les prés
Du coteau qui penche
Descend par degrés;
Sur le vert plus sombre,
Chaque arbre à son tour
Couche sa grande ombre
À la fin du jour. (Lamartine)

Le vers de quatre syllabes (ou tétrasyllabe)

Dans l'herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire. (Verlaine)

Le vers de trois syllabes (ou trisyllabe)

Par Saint-Gilles,
Viens-nous-en,
Mon agile
Alezan. (Hugo)

Le vers de deux syllabes (ou disyllabe)

On doute
La nuit.,
J'écoute :
Tout fuit,
Tout passe.
L'espace
Efface
Le bruit.
(Hugo)

Voici, en vers d'une syllabe (ou monosyllabe), le fameux sonnet de Jules de Rességuier :

Fort
Belle,
Elle
Dort;

Sort
Frêle!
Quelle
Mort!

Rose
Close,
La

Brise
L'a
Prise.

Certains poètes ont employé parfois des vers de plus de douze syllabes. On cite des vers de treize syllabes (ou tridécasyllabes):

Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes,
Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes. (Scarron)

À demi couché sur le dos nu d'un éléphant. (Banville)

Dans l'ombre autour de moi vibrent des frissons d'amour. (Richepin)

Des poètes ont essayé des vers de quinze syllabes et davantage en les appelant parfois versets ; mais notre oreille a quelque peine à y discerner une unité rythmique, et elle les coupe spontanément en vers plus petits.

La strophe

La strophe de trois vers, ou tercet, est le rythme qu'a employé Dante dans la Divine Comédie, et qu'on appelle terza rima (a b a, b c b, c d c, etc.):O fatigue de vivre! encore une journée
Qui recommence! Encore une étape à fournir!
Cette route ne sera jamais terminée!

Le passé me prédit quel sera l'avenir.
L'aube amenant midi, midi le crépuscule,
Dans l'aube blanche, on voit déjà le ciel jaunir.

Marcher, toujours marcher vers, un ,but qui recule,
Le poursuivre, en sachant qu on n y doit pas toucher.
Quel supplice, à la fois atroce et ridicule!

Mais songe aux pieds des morts, las de ne plus marcher. (Richepin)

La strophe de quatre vers (quatrain) est la strophe qui admet le plus de combinaisons, et on la fait avec des vers de toute longueur:J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques. (Baudelaire)

La strophe de cinq vers (quintil) est faite au moyen d'une rime redoublée:

Hélas! que j'en ai vu mourir de jeunes filles!
C'est le destin : il faut une proie au trépas,
il faut que l'herbe tombe au tranchant des faucilles;
Il faut que dans le bal les folâtres quadrilles
Foulent des roses sous leurs pas. (Hugo)

La strophe de six vers (sixain) peut se présenter ainsi:

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer toujours recommencée!
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux! (Valéry)

Dans la strophe de six vers, il arrive souvent que le troisième et le sixième vers riment ensemble et sont plus courts que les autres:

Lorsque du Créateur la parole féconde
Dans une heure fatale eut engendré le monde
Des germes du chaos,
De son oeuvre imparfaite il détourna sa face
Et d'un pied dédaigneux la lançant dans l'espace,
Rentra dans son repos. (Lamartine)

Ronsard et les poètes de la Pléiade ont employé un autre type de strophe, sur ce rythme original:

Bel aubépin verdissant,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vêtu jusqu'en bas
Des longs bras
D'une lambruche sauvage. (Ronsard)

La strophe de sept vers (septain) a rarement été employée, excepté par Vigny, qui s'en sert couramment dans les Destinées :

Le crépuscule ami s'endort dans la vallée,
Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon.
Sous les timides joncs de la source isolée
Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon;
Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,
Jette son manteau gris sur le bord des rivages,
Et des fleurs de la nuit entrouvre la prison. (Vigny)

De la strophe de huit vers (huitain), nous citerons cette combinaison :

Que j'aime à voir, dans les vesprées
Empourprées.
Jaillir en veines diaprées
Les rosaces d'or des couvents!
Oh! que j'aime aux voûtes gothiques
Des portiques
Les vieux Saints de pierre athlétiques
Priant tout bas pour les vivants! (Musset)

La strophe de neuf vers (neuvain) est assez rare. Hugo a employé cette combinaison:

Et les champs, et les prés, le lac, la fleur, la plaine,
Les nuages pareils à des flocons de laine,
L'eau qui fait frissonner l'algue et les goémons,
Et l'énorme océan, hydre aux écailles vertes,
Les forêts de rumeurs couvertes,
Le phare sur les flots, l'étoile sur les monts,
Me reconnaîtront bien et diront à voix basse :
«C'est un esprit vengeur qui passe,
Chassant devant lui les démons! »

La strophe de dix vers (dizain) est la grande strophe lyrique; elle ne se fait habituellement qu'en vers de huit syllabes:

Apollon, à portes ouvertes,
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles toujours vertes
Qui gardent les noms de vieillir.
Mais l'art d'en faire des couronnes
N'est pas su de toutes personnes,
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre desquels on me range,
Savent donner une louange
Qui demeure éternellement. (Malherbe)

La strophe de douze vers (douzain) ne se fait habituellement qu'en vers de huit syllabes. C'est la plus longue strophe qui ait été employée:

Non, l'avenir n'est à personne!
Sire! l'avenir est à Dieu!
A chaque fois que l'heure sonne,
Tout ici bas nous dit adieu.
L'avenir! l'avenir! mystère!
Toutes les choses de la terre,
Gloire, fortune militaire,
Couronne éclatante des rois,
Victoire aux ailes embrasées,
Ambitions réalisées,
Ne sont jamais sur nous posées
Que comme l'oiseau sur nos toits! (Hugo)

Douze vers est une limite qui, dans le poème classique, n'est pas ordinairement dépassée; car au-delà, il n'est pas aisé de constituer une période rythmique. Toutefois, on trouve chez Ronsard des strophes de quatorze, quinze, seize, dix-buit, dix-neuf et vingt vers. André Chénier a employé la strophe de dix-neuf vers.

Comme le vers, la strophe a son unité rythmique accordée avec le sens, et se contente en général de deux ou trois mètres différents.

Une strophe est isométrique quand elle ne comporte que des vers d'un même nombre de syllabes, anisométrique quand elle contient des vers de longueurs différentes.

Les poèmes sont composées le plus souvent de strophes semblables par le nombre et la mesure du vers. Mais d'autres sont faites de strophes libres, ou, entre les deux, d'un système de strophes qui revient à diverses reprises sous la même forme.

pour la suite: les formes fixes

Les poèmes à forme fixe ou les formes fixes

Une partie des poèmes à forme fixe ne sont guère aujourd'hui que des curiosités littéraires. Pour mémoire, citons le lai, le virelai, traités au Moyen Age par Guillaume de Machault, Christine de Pisan, Froissart. (Il ne faut pas confondre le lai lyrique, ordinairement composé de douze couplets symétriques deux à deux, avec le lai narratif de Marie de France, courte composition en octosyllabes à rimes plates inspirée des légendes arthuriennes.) Le rondel, fort en honneur au Moyen Age, est encore, mais rarement, employé.
Le sonnet a été la forme fixe la plus populaire parmi les poètes et le pantoum (importé de la littérature malaise au XIXième siècle) a permis la production d'un grand poème (celui de Baudelaire). Le XXième siècle est de plus en plus curieux de formes nées dans des littératures non occidentales comme le haïku ou le qasida.

le rondel

Le rondel comprend trois couplets, dont le second et le troisième se terminent, en guise de refrain, par la répétition du premier ou des deux premiers vers de la pièce : le premier couplet compte toujours quatre vers, le second trois ou quatre, le troisième cinq ou six. Le rondel le plus célèbre est ce dernier, de Charles d'Orléans :
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant clair et beau.

Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie.
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d'argent d'orfèvrerie.
Chacun s'habille de nouveau,
Le temps a laissé son manteau.

le rondeau

 

rondel fin XIIIe; « danse » v. 1260; de rond
1 Poème à forme fixe du Moyen Âge (repris et transformé au XVIIe s.), sur deux rimes avec des vers répétés. Les rondeaux de Charles d'Orléans.
le petit robert

 

C'est un poème de treize vers sur deux rimes, avec une pause au cinquième et une au huitième, et dont le ou les premiers mots se répètent après le huitième vers et après le treizième, sans être eux-mêmes des vers. Le rondeau, fort en honneur au XVIeet au XVIIe siècle, est encore quelquefois employé. Musset en rima quelques-uns. Les plus célèbres sont ceux de Clément Marot, de Benserade et de Voiture. Nous en citerons un de Voiture :
Ma foi, c'est fait de moi, cas Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers huit en eau, cinq en ème
Je lui ferais aussi tôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit en invoquant Brodeau,
Et puis mettons, par quelque stratagème :
Ma foi, c'est fait,
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau;
Mais, cependant, je suis dedans l'onzième.
Et ci je crois que je fais le douzième :
En voilà treize ajustés au niveau.
Ma foi, c'est fait.
Le rondeau redoublé se construit sur deux rimes et se compose de six quatrains à rimes croisées, commençant alternativement par la rime féminine et par la rime masculine. Les vers du premier quatrain forment successivement le quatrième vers des quatrains no 1, 2, 3, 4 et 5. Le sixième quatrain se complète par un refrain formé des premiers mots du rondeau. On en cite de Marot, de La Fontaine, de Benserade, du P. Mourgues, de Th. de Banville. En voici un du P. Mourgues :
Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère
De ces rondeaux qu'on nomme redoublés,
Beaux et tournés d'une fine manière
Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.
A six quatrains les vers en sont réglés
Sur double rime et d'espèce contraire.
Rimes où soient douze mots accouplés,
Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère.
Doit au surplus fermer son quaternaire
Chacun de vous au premier assemblés,
Pour varier toujours l'intercalaire
De ces rondeaux qu'on nomme redoublés.
Puis par un tour, tour des plus endiablés,
Vont à pieds joints, sautant la pièce entière
Les premiers mots qu'au bout vous enfilez,
Beaux et tournés d'une fine manière.
Dame Paresse, à parler sans mystère,
Tient nos rimeurs de sa cape affublés :
Tout ce qui gêne est sûr de leur déplaire,
Si qu'à bon droit la plupart sont sifflés.
Ceux qui de gloire étaient jadis comblés,
Par beau labeur en gagnaient le salaire :
Ces forts esprits, aujourd'hui cherchez-les;
Signe de croix on aura lieu de faire
Si l'on en trouve.

 

la ballade

 

1260; provenç. ballada, de ballar « danser »
1 Anciennt Chanson à danser et danse qu'elle accompagnait.
2 Petit poème de forme régulière, composé de trois couplets ou plus, avec un refrain et un envoi. « La Ballade des pendus », de François Villon.
3 Poème de forme libre, d'un genre familier ou légendaire. Les ballades de Schiller. « Odes et Ballades », de Victor Hugo.
le petit robert

 

Dans sa forme régulière, la ballade est un petit poème composé de trois strophes et d'un envoi commençant par le mot prince. Toutes les strophes ou couplets sont sur les mêmes rimes, et les rimes ne sont qu'au nombre de trois dans le poème entier. Le dernier vers de chaque strophe et de l'envoi est le même et se nomme refrain. Le plus souvent, la ballade comporte ou des strophes de huit octosyllabes avec un envoi de quatre vers, ou des strophes de dix décasyllabes avec un envoi de cinq vers. Le couplet, grâce à des rimes redoublées, peut avoir jusqu'à douze vers.


La ballade était fort en honneur au Moyen Age, et elle fut employée jusqu'à nous fort habilement par Banville et la plupart des Parnassiens. Mais le maître en ce genre restera toujours François Villon, qui écrivit la célèbre Ballade des dames du temps jadis, et celle, peut-être plus belle encore, qu'il composa au moment où il s'attendait à être pendu (l'Épitaphe Villon). La voici :
Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cuers contre nous endurcis,
Car si pitié de nous povres avez
Dieu en aura de vous plus tost merci;
Vous nous voyez cy attachez, cinq, six;
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pièça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

Se vous clamons frères, pas n'en devez
Avoir desdaing, quoyque fusmes occis
Par justice. Toutesfois, vous sçavez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le Fils de la Vierge Marie.
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre;
Nous sommes mors, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

La pluye nous a débüez et lavez.
Et le soleil desséchiez et noircis.
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
Et arraché la barbe et les sourciz,
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre
Ne soiez donc de nostre confrairie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre,

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ayt de nous seigneurie,
A luy n'ayons que faire ne que souldre;
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre.

 


le chant royal

 

Chant Royal : forme poétique française de cinq strophes et un envoi, chacune des six parties se terminant par un même vers, le refrain.
le petit robert

 

C'est une sorte de développement de la ballade : il comprend cinq strophes de onze vers, plus un envoi de cinq, six ou sept vers, les stances et l'envoi étant terminés par le même vers.

le sonnet

 

1537; it. sonnetto, du fr. sonet « chansonnette » (1165); de son « poème »
Poème de quatorze vers en deux quatrains sur deux rimes (embrassées), et deux tercets. « Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème » (Boileau). Les sonnets de Ronsard. Sonnets irréguliers de Baudelaire.
le petit robert

 

Le sonnet est d'origine italienne, et Pétrarque le mit en honneur en son pays. C'est un poème de quatorze vers, formé de deux quatrains et de deux tercets. Les huit vers des qu