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La poésie classique

définition

La versification est l'ensemble des règles et habitudes qui président à la forme la plus ancienne de l'art littéraire. Le Romantisme, puis les autres écoles poétiques du XIXe siècle et du XXe, croyant se «libérer» des règles très rigides qu'on avait imposées à la versification au XVIIe siècle, permirent plutôt à la poésie de se fonder aussi sur le respect de nouveaux systèmes de règles (graphiques, grammaticaux, hypertextuels etc.) qui lui ouvrent des possiblités esthétiques et sémiotiques inexplorées. Et ces possibilités s'ouvrent non seulement à la poésie mais aussi à tous les genres littéraires -qui, même s'ils s'appuient sur un système de règles plus souples, sont, comme la poésie, des moyens de découvrir de nouveaux gisements de formes linguistiques. Car on découvrit ainsi ce qu'on pourrait appeler l'essence de l'art littéraire qui s'applique à la langue dans sa totalité (et non pas seulement aux éléments de la langue qui sont pertinents pour la communication) et en développe jusqu'à le rendre visible, voire seul visible, le fonctionnement fondamental. L'art littéraire arrive donc ainsi à «innerver» et à «muscler» la langue : il arrive par exemple, en intégrant à sa pratique, dans le roman, les langages sociaux marginaux, ignorés, désuets, provinciaux, locaux, intimes, spécialisés ou étrangers, à étendre les possibilités perceptives, conceptuelles, intellectuelles et scientifiques de la langue.

le compte des syllabes dans les vers

La versification française est syllabique, c'est-à-dire qu'elle est fondée, comme l'indique son nom, sur le nombre des syllabes.

Elle diffère de la versification métrique, qui repose sur la quantité des syllabes longues et brèves (vers grecs et latins), et de la versification rythmique, qui dépend de la place des syllabes accentuées ou atones (vers anglais ou allemands).

Le nombre des syllabes du vers est le plus souvent, du dix-septième siècle jusqu'à la fin du dix-neuvième, un nombre pair : douze, dix, huit, six, quatre, deux. Les vers impairs de sept, de cinq, de trois syllabes, et même d'une syllabe, ont cependant été parfois utilisés à toutes les époques littéraires. Les vers impairs de treize, de onze, de neuf syllabes, il faut les chercher dans la poésie de la fin du XIXe siècle (chez VerIaine par exemple).
Deux difficultés arrêtent et trompent parfois les débutants dans le compte des syllabes. Ces difficultés portent sur l'e caduc et sur la diphtongue (voir Diérèses et synérèses )

l'e caduc

Que ce soit à la fin ou dans le corps des mots, l'e caduc compte toujours comme syllabe, quand il est placé entre deux consonnes :Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir. (Baudelaire)

Il s'élide devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet :J'offre ma coupe vide où souffre un monstre d'or !. (Mallarmé).

Ce vers se prononce et se compte comme s'il y avaitJ'offre ma coupe vid' où souffr' un monstre d'or

L'e caduc, même suivi des consonnes s, nt, ne compte pas à la fin du vers:Et qui pour tes grandes yeux tout aussitôt moururent. (Aragon)Tremble de s'exhaler le faux orgueil des hommes (Mallarmé).

Dans le corps du vers, l'e caduc, suivi des consonnes s, nt, compte cependant toujours pour une syllabe, même devant une voyelle ou un h muetLes crépuscules blancs tiédissent sur mon crâne. (Mallarmé)

Dans les troisièmes personnes des verbes en -aient, l'e étant considéré comme nul parce que les lettres ent ne se prononcent jamais, ces mots peuvent entrer dans le corps du vers, même devant une consonneIls fuyaient, le désert dévorait le cortège. (Hugo)

À ces finales on joint d'ordinaire, comptant pour une syllabe : soient, voient et croient.

L'e caduc final précédé d'une voyelle, comme dans les mots vie, Marie, rue, année, visée, soie, marée, doit toujours s'élider. Il ne peut donc être mis dans le corps d'un vers que si le mot suivant commence par une voyelleToute une armée ainsi dans la nuit se perdait. (Hugo)

Il est donc impossible de dire dans le corps d'un vers : rue de Régina, marée montante, voie ferrée, Aimée Bouchard. Mais on peut dire rue Auber, voie étroite, Marie-Antoinette.

Cette règle date de Malherbe, car au XVIe siècle Ronsard et la Pléiade ne craignaient pas de dire, en comptant l'e caducMarie, qui voudrait votre nom retourner Il trouverait aimer. Aimez-moi donc Marie...

Placé à l'intérieur d'un mot, entre une voyelle et une consonne, l'e caduc ne compte pas. Par exemple dans les mots en uement, iement (dévouement, reniement etc.), et dans les futurs des verbes du premier groupe de conjugaisons, comme priera, tuerai, crierons, louerez:Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur. (Corneille)

diérèses et synérèses

Quand plusieurs voyelles se suivent dans un mot et forment ou non diphtongue, il est essentiel de savoir si elles forment une ou deux syllabes, car la régularité et la diction du poème en dépend.

La prononciation en deux syllabes de deux voyelles contiguës s'appelle diérèse ; la prononciation en une syllabe de deux voyelles contiguës s'appelle synérèse.

Cette distinction peut être justifiée par l'étymologie latine. C'est ainsi que bien, venant de bene, est synérétique, c'est-à-dire compte habituellement pour une seule syllabe (mais il y a des exceptions), alors que lien, venant de ligamen, et pria, venant de precavit, sont en principe diérétiques, c'est-à-dire comptent habituellement deux syllabes. Mais c'est ici le versificateur qui décide en dernière instance -non les règles de la prononciation et non l'étymologie.

la césure

1537; lat. cæsura « coupure », de cædere « couper » Repos à l'intérieur d'un vers après une syllabe accentuée. La césure classique coupe le vers en hémistiches et en marque la cadence. => 2. coupe.le petit robert On appelle ainsi une coupe, un repos placé dans un vers nécessairement après une syllabe accentuée. Dans l'alexandrin ou vers de douze syllabes, on doit, en principe, observer un repos au milieu du vers, c'est-à-dire entre la sixième et la septième syllabe. Chaque moitié du vers se nomme hémistiche:La fille de Minos | et de Pasiphaé. (Racine)

Dans ce vers comme dans presque tous les vers, le repos de la césure est faible, et n'est marqué par aucune ponctuation, mais il n'en est pas moins sensible, grâce à l'accent qui porte sur la dernière syllabe du mot Minos.
L'alexandrin classique a donc deux accents fixes (sur la sixième et la douzième syllabe), mais il en a d'autres qui sont mobiles, et qui partagent le plus souvent chaque hémistiche en deux parties.

D'après cela, on peut établir cette règle que tout alexandrin a quatre accents : les deux premiers fixes, ceux de la césure et de la rime; les deux autres mobiles et tombant, selon que le veut l'harmonie, sur telle ou telle syllabe dont ils accentueront l'effet:Le jour n'est pas plus PUR que le fond de mon COEUR. (Racine)Oui, je te loue ô CIEL de ta persévérance. (Racine)

Dans ce dernier vers, on voit que le second hémistiche n'a pas d'accent mobile. C'est ainsi que les classiques eux-mêmes étaient amenés à varier les repos de l'alexandrin, pour éviter la monotonie.Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant. (Corneille)

Ce besoin a conduit les poètes à l'affaiblissement de la césure et à la coupe ternaire, que Corneille a employée un des premiers dans un beau vers célèbreToujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir.

Victor Hugo et les Romantiques ont aussi utilisé cette coupe :La boue aux pieds la honte au front la haine au coeur. (Hugo) Il vit un oeil grand ouvert dans les ténèbres. (Hugo)

Tantôt légers tantôt boiteux toujours pieds nus. (Musset)

Mais il est à remarquer que s'ils ont ainsi donné au vers deux césures et supprimé la césure classique du sixième pied ils n'ont pas osé permettre à un mot d'être à cheval sur elle.

Mais d'autres, après lui, ont eu plus de hardiesse. On a vu les Parnassiens mettre à la sixième place des mots atones, des mots « proclitiques » (prépositions, articles, adjectifs possessifs), naturellement rattachés au mot suivant; puis on y voit apparaître un e caduc non élidé. Enfin, l'emploi d'un long mot au milieu du vers supprime complètement la coupe.Je courus! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. (Rimbaud)

Voici les césures que l'on trouve dans les autres mètres :

La césure du vers de onze psyllabes (ou endécasyllable ) se place habituellement après la cinquième syllabe:Les sylves légers s'en vont dans la nuit brune. (Banville)

La césure du vers de dix syllabes ou décasyllabe se place soit après la quatrième syllabe:Tout va sous terre et rentre dans le jeu (Valéry),

soit après la cinquième syllabe:La vierge mignonne endort en chantant
Son petit Jésus sur la paille fraîche.
Elle resplendit au fond de la crèche,
Comme un grand lis d'or au bord d'un étang. (Vicaire)

Au-dessous du vers de dix syllabes, les vers n'ont plus de césure fixe, mais seulement des accents mobiles.

l'hiatus

1521; mot lat. « ouverture », puis « hiatus » 1. Ling. Rencontre de deux voyelles, de deux éléments vocaliques, soit à l'intérieur d'un mot (ex. aérer, géant), soit entre deux mots énoncés sans pause (tu as eu). Le hiatus.le petit robert L'hiatus est le choc de deux voyelles, l'une finale, l'autre initiale. Ce choc est surtout désagréable lorsqu'une voyelle se rencontre avec elle-même, comme dans « il alla à Amiens » ; on l'évite, pour cette raison, en poésie et même dans la prose.

L'hiatus n'est formellement proscrit que depuis Malherbe; tous les poètes l'admettaient avant lui, et le plus souvent fort heureusementUn doux nenni avec un doux sourire... (MAROT)

Plus ne suis ce que j'ai été. (Clément MAROT)

On ne considère pas comme hiatus la rencontre d'une voyelle avec un mot commençant par un h aspiré, et l'on peut par conséquent dire la hache, le holà, au hasard.

Il n'y a pas d'hiatus lorsque deux voyelles se rencontrent par l'élision d'un e caduc.L'épée au flanc, l'oeil clos, la main encore émue. (Hugo)Une coupable joie et des fêtes étranges. (Baudelaire)

En revanche, il y a des terminaisons qui, sans former en fait hiatus avec la voyelle du mot suivant, n'en sont pas moins aussi désagréables que de vrais hiatus. Il en est ainsi dans le choc de nasales, comme par exemple dans : Plaignez-vous en encor (Corneille). Et en cent noeuds retords (Ronsard). On prescrit donc de les éviter.

En somme, l'hiatus devrait être écarté uniquement quand il blesse l'oreille, car il existe dans le corps de la plupart des mots, et il est extraordinaire qu'on ne puisse dire il y a, quand on pourra dire camélia ou Iliade, et tu es, tu as, quand on pourra dire tuer, tuas. Bien plus, grâce à la règle énoncée plus haut qui ne compte pas l'hiatus dans l'élision, on pourra dire tuée en voiture, et non pas tué en duel, d'autre part, beaucoup de rencontres de mots où la liaison ne se fait pas font hiatus pour l'oreille, comme dans papier à lettres, par exemple. Cependant, la règle était si forte, même pour les Romantiques, que Hugo et Vigny ont écrit nud devant une voyelle, et seul Musset a osé écrire en s'amusant : «Ah! folle que tu es! » Cette règle s'est, comme tant d'autres, assouplie dans la poésie moderne.