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L’expiation Victor Hugo, étude

 

Introduction :

    L’Expiation, de Victor Hugo, se situe au centre de Les Châtiments. C’est l’un des poèmes les plus longs et le plus connu des poèmes ; 

Exilé par Napoléon III pour son opposition au coup d'État de décembre 1851, Victor Hugo rédige Les Châtiments, épopée satirique de 6200 vers, pour se moquer du nouvel empereur. Dans un passage  intitulé " L'Expiation", il imagine que Waterloo ne fut pour Napoléon Bonaparte que la première  vengeance du ciel pour son audace, la seconde étant la médiocre parodie faite de lui par son neveu !

Ce texte raconte la retraite de Russie. 1812,  Napoléon 1er poussé par sa soif de conquête et maître de la moitié de l’Europe se lance à l’assaut de la Russie. Il n’obtient pas la victoire, et l’hiver arrive. Après avoir saccagé Moscou, il doit faire demi-tour. La retraite est terrible, d’autant plus qu’elle suit l’humiliation de la défaite, et se poursuit par la terrible boucherie de la Bérézina. De retour en France l’Empereur dira qu’il n’a été vaincu que par le froid.

Paradoxalement, le récit de cette défaite de Napoléon participe à l'évocation grandiose du mythe napoléonien, auquel Victor Hugo, comme bien d'autres dans son siècle, n'est pas insensible : fils de général d'empire, il déclara : " J'aurais été soldat si je n'avais été poète. "

Sa reconstitution historique, fidèle quoique réalisée trente-cinq ans après l'événement ( la défaite de Waterloo date de juin 1815 et Victor Hugo est né en 1802), utilise donc toutes les ressources de la poésie épique et de son enthousiasme sincère pour en faire une véritable tragédie héroïque.

C’est un poème épique composé de sept tableaux et bâtis sur le même contraste que A l’obéissance passive (II,2). Contraste entre le grandissement épique et la parodie burlesque. Le titre L’expiation renvoie au châtiment divin mais aussi à son attente douloureuse traduite par le jeu de question réponses qui structure le poème : Est-ce là le châtiment ? Réponse : Non. Nous parlerons d’abord de la dimension épique du poème ce qui permettra d’insister sur l’héroïsme des hommes ; nous montrerons enfin que ce tableau traite de la Russie et atteint une dimension poétique.


Lecture du texte


XIII - L’Expiation

(extrait)

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre :
Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! la froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus.
Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre ;
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d'ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et, chacun se sentant mourir, on était seul.
- Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis ! Le Czar, le Nord. Le Nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s'étaient endormis là.
O Chutes d'Annibal ! Lendemains d'Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières.
On s'endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S'évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui vive ! alerte, assauts ! attaques !
Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux,
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves,
D'horribles escadrons, tourbillons d'hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait.
L'empereur était là, debout, qui regardait.

Victor Hugo
Les Châtiments - Livre cinquième – L'autorité est sacrée



Commentaire littéraire

I- La dimension épique

Ce qui est très étonnant dans le poème L'Expiation est qu’il y a une sorte d’harmonie qui naît de la situation de retraite. Il y a un accord rythmique entre la chute de la neige et le mouvement de retraite. La retraite est évoquée de manière poétique. Il y a un mouvement inexorable qui est évoqué par la prosodie, le rythme et le lexique. L’anaphore de « il neigeait » structure le poème. On le retrouve cinq fois et sa place n’est pas aléatoire. La dernière reprise de l’expression (vers 18) est marquée par un redoublement (« il neigeait, il neigeait toujours »). Le « toujours » permet de souligner l’idée de répétition. Il impose un tempo grave et solennel d’une grande ampleur qui est caractéristique de la dimension épique. « Après la plaine blanche une autre plaine blanche » fondée sur le redoublement lexical qui se double d’un effet d’assonance. Le jeu des sonorités naît de la rencontre de deux labiales (« pl », « bl »). Par ailleurs, un effet naît de la prosodie avec le rythme régulier de l’alexandrin. Tout est signifiant. Expression d’une monotonie désolante du paysage qui rejaillit (de la lenteur). « L’empereur revenait lentement » dénote l’idée de lenteur et qu’il exemplifie (mime) grâce à « lentement » et à l’imparfait. Les voyelles nasales permettent aussi cette dénotation. Les participes présents (avec une voyelle nasale) participent à cette durée de mouvement qui n’en finit plus. En général, le forme de l’alexandrin. Le rythme peut être syncopé : « boulets, mitrailles, obus... ». On est dans l’idée de l’inachevé : on est pas loin de la notion d’infini. Cette idée structure l’ensemble du poème. Cela nous renvoie à une transcendance (force qui dépasse de l’humanité) qui fait que l’histoire se répète. Nous ne sommes pas loin de l’idée de la religion. La transcendance est liée à l’idée de Châtiment. Il y a deux puissances qui revendiquent l’éternité : l’orgueil de Napoléon III et Dieu lui-même. C’est un des poèmes qui a le plus efficacement crée le mythe napoléonien. Le cadre de la retraite est hostile et chaotique. Le cahot s’oppose à l’ordre. Tout le cosmos se ligue contre les hommes. Le champ lexical de l’hiver (« âpre hiver », « fondait », « avalanche », « la froide bise »). Insistance sur le blanc. Contraste entre le noir et blanc. Présence du gris (« Moscou fumant », « moustache grise »). La grisaille rappelle le flou des éléments. Acceptation de la défaite. Le silence et le noir et blanc permettent de mettre en place le cadre de la retraite. Silence qui rappelle la solitude et la mort (« les clairons son gelés et muets », grenadiers pensifs, « solitude...muette », le ciel fait « sans bruit »). Blancheur, hostilité... renvoient à la mort. La neige est une sorte de drap qui recouvre les morts comme le linceul. L’air et la terre se coalisent contre l’homme (7-9). Image agrandie à l’infini. Allégorie de la solitude et de la mort (Allégorie de la vie humaine).

En dépit de ce cadre paradoxal, on peut lire un hymne à l’héroïsme de l’homme.


II- L’héroïsme de l’homme

Le poète voulu faire un récit émouvant. En dépit de leur souffrance, les hommes restent courageux et dignes. La composante pathétique est visible au vers 10 (« chacun se sentant mourir, on était seul... » 28). L’emploi de « on » dénote une participation émotive du poète et des lecteurs. Les hommes créent une unité malgré leur souffrance. Le courage et l’héroïsme des clairons qui se transforment en statue. Il cherche la grandeur dans la misère. La caractérisation insiste sur la dignité des hommes (« pensifs » => héros romantique) => les grenadiers sont dans une attitude semblable à celle du proscrit (le poète). Idée de destin introduite dès le départ par « on était vaincu par sa conquête ». Cette idée oppose le caractère fini de l’humanité et le caractère indéfini de la destiné. Ironie du destin qui se joue des hommes, visible dans « vaincu par sa conquête » et « pour la première fois, l’aigle baissait la tête ». C’est une animation du symbole de l’unité napoléonienne qu’est l’aigle. Le revers s’oppose à l’ambition humaine. Les hommes ne perdent pas leur dignité. « Cette immense armée ». « Cette » et « immense » dénotent l’idée de grandeur. Répétition de ‘immense » au vers 27. « On était seul » => pour la première fois, cette armée se désagrège (malgré sa fraternité). Ce « on » renvoie à une valeur individuelle : chacun des hommes de l’armée était seul. Victor Hugo exalte (idée de hauteur) la fragilité des hommes, de leur destin. « On » donne aussi une généralité à l’expression. Il y a bien un hymne à l’héroïsme des hommes qui se fait en deux temps : chanter leur dignité et leur fraternité puis exalter leur fragilité en donnant une valeur exemplaire à leur douleur.

Nous avons un récit émouvant mais aussi un véritable tableau composé par un poète, non plus un description mais bel et bien une vision.


III- Le tableau d’un poète

Ecriture visionnaire typiquement romantique. La vision est assumée par le point de vue du poète, elle est subjective. Il y a donc une participation affective du poète qui entraîne le lecteur.
Au vers 1, « on était vaincu par sa conquête » a trois sens différents qui peuvent être employés dans ce poème.
      1- chacun des soldats était vaincu par leur propre conquête.
      2- L’ensemble des armées est vaincu par la conquête de Napoléon.
      3- On est toujours vaincu par ses propres conquêtes.
Il y a donc une polysémie. La force poétique se trouve dans l’étude grammaticale.
Au vers 7-9-12 : on ne sait plus très bien qui est désigné par ce « on » : participation affective de ce « on ».
L’histoire ne peut être écrite que subjectivement. Elle est aussi commentée. « Sombres jours » est un commentaire du poète.
La description réaliste est rejetée pour la description fantastique. (20-21). «  Muette vengeresse » => animisme (donner vie aux éléments naturels). Idée de mystère (22) => la retraite de Russie est sur la vanité de la condition humaine en prenant Napoléon. Il nous montre comment les destins les plus ambitieux se retournent contre eux même. La retraite de Russie est une vaste allégorie à la condition humaine.

 

http://www.bacdefrancais.net/l-expiation-hugo.php

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